Lacoste, le village du Luberon où l’art a pris le pouvoir

À Lacoste, trois choses justifient la montée : les ruines du château qui appartint au marquis de Sade, une école d’art américaine nichée dans les maisons du haut du village et un festival qui transforme d’anciennes carrières en salle de concert à ciel ouvert. Le village se parcourt à pied en une heure et demie si on flâne, une demi-journée entière si on s’attarde dans les ruelles et qu’on grimpe jusqu’à l’esplanade du château.

Le château du marquis de Sade, entre ruines et restauration

Le château domine le village depuis le XIe siècle. La famille Simiane le possède jusqu’au XVIIe siècle puis le transmet par héritage, en 1716, à François Gaspard de Sade, grand-père du marquis. Ce dernier s’y réfugie en 1771 pour fuir Paris et les scandales que provoquent ses écrits et ses mœurs libertines : il y séjourne peu, plus souvent enfermé qu’en liberté mais c’est entre ces murs qu’il rédige une partie de son œuvre.

La Révolution pille le château. Un concierge finit par l’acheter et entame sa démolition pour en revendre les pierres, avant qu’André Bouer ne le rachète en 1952 et lance sa restauration. En 2001, le couturier Pierre Cardin rachète à son tour le site, le sécurise et en fait le point de départ d’un projet culturel ambitieux : transformer Lacoste en un « Saint-Tropez local de la culture ».

Une partie des appartements se visite de juin à septembre. Les abords, eux, restent partiellement en ruines et les chutes de pierres restent un risque réel : la prudence commande d’admirer les remparts depuis le bas plutôt que de s’aventurer trop près.

SCAD Lacoste, l’école d’art américaine qui a pris ce village du Luberon

L’artiste américain Bernard Pfriem fonde l’école en 1970 et organise sa première session dès l’été 1971, sous le nom d’École des Arts Lacoste. Installée dans les bâtiments historiques du haut du village, elle forme aujourd’hui un vrai petit campus américain au cœur du Luberon : environ quatre-vingts étudiants par trimestre, pour quatre cents habitants à l’année. Rattachée depuis au Savannah College of Art and Design, elle abrite aussi SCAD FASH, un musée consacré à la mode et au cinéma qui accueille des expositions de créateurs et de photographes reconnus.

Croiser des étudiants qui peignent en terrasse ou discutent en anglais devant l’épicerie, dans un village de quatre cents habitants, surprend la première fois. Puis on s’y fait et on comprend vite pourquoi Lacoste ne ressemble à aucun autre village perché du coin.

Le festival d’art lyrique dans les anciennes carrières

Les carrières de Lacoste fournissaient autrefois le calcaire doré des maisons du village avant de fermer. Pierre Cardin les transforme en théâtre à ciel ouvert et y installe un festival d’art lyrique chaque été, avec des concerts qui se tiennent en général à la mi-août dans un décor de parois taillées à même la roche. Le lieu change complètement d’ambiance selon l’heure : brut et silencieux en journée, il s’anime à la nuit tombée quand les projecteurs éclairent la scène.

Où flâner dans les ruelles de Lacoste ?

Le village se découvre par ses passages voûtés et ses calades, ces ruelles pavées en forte pente typiques des villages perchés de Provence. Quelques repères jalonnent la montée :

  • le Portail de la Garde, ancienne entrée fortifiée du village
  • le Portail des Chèvres, à l’entrée haute
  • l’église Saint-Trophime, romane et remaniée au XVIIe siècle
  • le beffroi de 1793 et son campanile en fer forgé
  • les calades elles-mêmes, qui montent en lacets entre les maisons de pierre

L’esplanade du château, tout en haut, réserve le vrai clou de la visite : le panorama s’étend sur la plaine de Bonnieux, les Monts de Vaucluse et le Mont Ventoux, avec les Alpes en toile de fond par temps clair. Pour la vue inverse, celle de Lacoste juché sur son piton rocheux, direction Bonnieux, le village d’en face. Monter tôt le matin ou en fin de journée en été évite la chaleur et les pentes qui deviennent vite éprouvantes en plein soleil.

Les environs, entre forêt de cèdres et village voisin

La forêt des Cèdres, à quelques minutes en voiture sur le Petit Luberon, propose des sentiers ombragés praticables une bonne partie de l’année, sauf entre mars et septembre où certains chemins ferment pour protéger la nidification d’espèces protégées. Bonnieux, juste en face, mérite la comparaison : deux villages perchés qui se regardent depuis deux collines voisines, chacun avec son propre point de vue sur l’autre. Apt se trouve à une dizaine de kilomètres et Avignon à environ cinquante.

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