La Provence n’a pas toujours parlé français

L’histoire de la Provence tient en quelques grandes bascules : des Grecs qui posent leurs comptoirs sur la côte, des Romains qui bâtissent des villes qu’on visite encore, un comté qui négocie son rattachement à la France plutôt que de le subir, une révolution qui redessine les frontières. Chaque village perché, chaque arène, chaque marché du Luberon garde une trace de ce passage. Voici les grandes étapes, sans le jargon des manuels scolaires.

Les grandes bascules de l’histoire provençale

De la grotte du Vallonnet au Vaucluse, les dates clés en un coup d’œil.

Préhistoire

Il y a environ 950 000 ans
Des chasseurs occupent la grotte du Vallonnet, près de Roquebrune.
Il y a 27 000 ans
Peintures rupestres de la grotte Cosquer, du côté de Cassis, aujourd’hui sous la mer.

Grecs et Romains

VIe siècle av. notre ère
Des marins de Phocée fondent Massalia, qui essaime vers Nice, Hyères, Antibes et Agde.
124 av. J.-C.
Rome vient défendre Marseille, reste et fonde la Provincia, ancêtre du mot Provence.
Ve siècle
Les invasions barbares font vaciller la Provincia ; Wisigoths puis Francs se succèdent.

Le comté de Provence

947
Boson d’Arles reçoit le titre de comte de Provence.
XIVe siècle
Les papes s’installent à Avignon pendant soixante-dix ans : il en reste le Palais des Papes.
XVe siècle
Règne du roi René, qui garde sa cour à Aix. Il meurt en 1480.

Le rattachement à la France

Décembre 1481
Louis XI hérite du comté et devient comte de Provence.
Janvier 1482
Les États de Provence signent un accord d’union d’égal à égal.
1501
Création du Parlement de Provence à Aix.

Révolution et époque contemporaine

1790
Découpage en Bouches-du-Rhône, Var et Basses-Alpes.
14 septembre 1791
Avignon et le Comtat Venaissin rejoignent la France.
12 août 1793
Naissance du Vaucluse.
Août 1944
Débarquement allié sur les plages varoises.

Avant que Marseille s’appelle Marseille

La région est habitée bien avant qu’on parle de Provence. Des chasseurs occupent la grotte du Vallonnet, près de Roquebrune, il y a environ 950 000 ans et la grotte Cosquer, du côté de Cassis, conserve des peintures rupestres vieilles de 27 000 ans, aujourd’hui noyées sous la Méditerranée. Vers le VIe siècle avant notre ère, des marins venus de Phocée, en Asie mineure, fondent un comptoir au bord d’une calanque : Massalia. La cité grecque devient un port actif et essaime à son tour vers Nice, Hyères, Antibes et Agde. Autour d’elle vivent des Celtes et des Ligures, un mélange de peuples qui donnera son caractère à toute la côte avant même l’arrivée de Rome.

Rome s’installe et ne repart plus

En 124 avant Jésus-Christ, Rome envoie une armée défendre Marseille attaquée par des tribus voisines. L’affaire tourne court : les légions restent, fondent des villes, tracent des routes et la région prend le nom de Provincia, l’ancêtre direct du mot Provence. Arles éclipse Marseille et devient la grande cité romaine du coin, avec des arènes toujours utilisées aujourd’hui pour les corridas et les concerts. Nîmes et Aix suivent le même chemin. Cette Provincia romaine dure des siècles, jusqu’à ce que les invasions barbares du Ve siècle fassent vaciller l’ordre établi. Wisigoths puis Francs se succèdent et la région bascule peu à peu dans le monde féodal du haut Moyen Âge.

Un comté qui met des siècles à naître

Après la chute de l’autorité impériale, la Provence passe sous la coupe de la Bourgogne puis du royaume d’Arles, un ensemble flou aux frontières mouvantes. En 947, un certain Boson d’Arles reçoit le titre de comte de Provence et ses descendants gardent le pouvoir. Quelques décennies plus tard, le comte Guillaume chasse les pirates sarrasins installés au Fraxinet (aujourd’hui la Garde-Freinet) et gagne le surnom de libérateur. Le comté grandit, se divise, se recompose au fil des mariages et des héritages, jusqu’au XVe siècle et au règne du roi René, figure aimée qui cumule les titres (Naples, Jérusalem, Sicile) sans jamais renoncer à sa cour d’Aix. Les papes, eux, s’installent à Avignon pendant soixante-dix ans au XIVe siècle, un épisode qui a laissé le Palais des Papes qu’on visite encore.

Pourquoi la Provence a-t-elle gardé son parlement après 1481 ?

René meurt en 1480 sans héritier direct pour la Provence. Son neveu Charles lui succède brièvement puis lègue le comté à Louis XI, qui devient comte de Provence à sa mort en décembre 1481. Le rattachement n’a rien d’une annexion brutale : en janvier 1482, les États de Provence signent un accord d’union entre deux principautés d’égal à égal et la région garde ses droits fiscaux et ses institutions. Le Parlement de Provence, créé à Aix en 1501, incarne cette autonomie. Les Provençaux de l’époque résumaient déjà leur rapport au pouvoir local avec une pointe d’humour.

Les trois maux de la Provence sont la Durance, le mistral et le parlement d’Aix.

Le mot n’a pas vieilli : la rivière inonde encore, le vent souffle toujours aussi fort et le souvenir du parlement rappelle qu’ici, l’autorité venue d’en haut a toujours dû composer avec le terrain.

L’histoire de la Provence, de la Révolution aux calanques d’aujourd’hui

La Révolution française rebat les cartes administratives : en 1790, la Provence est découpée en Bouches-du-Rhône, Var et Basses-Alpes. Avignon et le Comtat Venaissin, restés terres pontificales jusque-là, rejoignent la France le 14 septembre 1791. Le territoire paraît alors trop grand et un département intermédiaire naît le 12 août 1793 : le Vaucluse. Le XXe siècle apporte son lot d’épreuves, dont l’occupation allemande et un débarquement allié sur les plages varoises en août 1944 qui accélère la libération du Sud-Est. Depuis, la Provence a construit une autre histoire, tournée vers l’agriculture de qualité et l’accueil des voyageurs. Ce passé se lit encore à l’œil nu, pour qui prend le temps de regarder :

  • les arènes et le théâtre antique d’Arles, hérités de la Provincia romaine
  • le Palais des Papes à Avignon, souvenir du XIVe siècle
  • les villages perchés du Luberon, nés des besoins de défense médiévaux
  • le souvenir du Parlement de Provence, dans le centre historique d’Aix
  • les calanques et la Camargue, classées bien plus tard mais façonnées depuis toujours par le même climat

Chaque pierre du coin raconte un bout de cette histoire et c’est bien pour ça qu’on ne s’en lasse pas.

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