Pourquoi Avignon est la cité des papes

En 1309, le pape Clément V quitte Rome pour poser ses valises à Avignon. Il fuit une ville gangrenée par les rivalités des grandes familles romaines et cherche la protection du royaume de France, juste de l’autre côté du Rhône. Huit papes lui succèdent sur place jusqu’en 1378 et la ville devient, pendant près de soixante-dix ans, le vrai centre du pouvoir catholique. Le palais qu’ils y bâtissent, immense et toujours debout au-dessus de la ville, porte encore cette histoire dans ses pierres.

Un pape bordelais fuit Rome pour Avignon

Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, devient pape en 1305 sous le nom de Clément V. La querelle qui vient d’opposer le roi Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII a laissé Rome exsangue et l’affaire des Templiers achève de rendre la ville infréquentable pour un souverain pontife. Avignon s’impose alors comme un refuge logique : la ville appartient au Saint-Siège en tant que vassale, elle touche le Comtat Venaissin que l’Église possède depuis 1274 et elle se trouve juste à la frontière du royaume de France, un allié de poids pour un pape français. Clément V n’y installe pourtant rien de définitif. Il loge chez les Dominicains et continue de se déplacer entre les grandes villes des États pontificaux, sans se douter que ses successeurs y resteront un siècle.

Huit papes de plus, un palais qui grandit à chaque règne

Les papes qui suivent restent tous français et tous choisissent de demeurer à Avignon plutôt que de rentrer dans une Rome toujours instable. Chacun laisse sa marque sur le palais, transformé année après année en la plus vaste construction gothique jamais bâtie :

  • Jean XXII (1316-1334), ancien évêque d’Avignon, transforme le palais épiscopal en résidence pontificale
  • Benoît XII (1334-1342) fait raser cette première demeure et confie à Pierre Poisson un palais fortifié, austère et massif
  • Clément VI (1342-1352) double sa taille avec le Palais Neuf et achète la ville elle-même à la reine Jeanne de Naples en 1348
  • Innocent VI (1352-1362) entoure Avignon de remparts pour la protéger des routiers de la guerre de Cent Ans
  • Urbain V (1362-1370) puis Grégoire XI (1370-1378) referment cette lignée avant le grand tournant du schisme

Clément VI résume à lui seul l’esprit de cette cour pontificale, lui qui juge sévèrement ses prédécesseurs :

Ils n’ont pas su être pape.

Sous son règne, Avignon devient un foyer d’artistes et de lettrés venus de toute l’Europe, loin de l’image austère qu’on prête souvent à la papauté médiévale.

Pourquoi il y a eu deux papes en même temps ?

Grégoire XI ramène la papauté à Rome en 1377, cédant aux pressions de Catherine de Sienne et d’une partie de la chrétienté italienne. Il meurt peu après son retour et sa succession tourne au chaos. Une partie des cardinaux, française pour la plupart, conteste l’élection du nouveau pape romain et choisit son propre candidat, Robert de Genève, qui prend le nom de Clément VII et revient s’installer à Avignon dès 1378. L’Église se retrouve coupée en deux obédiences pendant trente-neuf ans, avec un pape à Rome et un autre à Avignon, chacun excommuniant l’autre. Le dernier pape avignonnais, Benoît XIII, résiste à deux sièges dans son propre palais avant de s’enfuir en 1403 et de finir ses jours en exil en Aragon. Le grand schisme d’Occident se referme en 1417 et la papauté ne quitte plus jamais Rome.

Ce qui vaut à Avignon son nom de cité des papes

Le Palais des Papes domine toujours la ville. Il reste le plus grand édifice gothique du monde et figure, avec le pont Saint-Bénézet et le centre historique, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est ce siècle de présence papale qui donne à Avignon son surnom, tant l’empreinte reste visible dans les rues, les remparts et jusque dans la pierre blonde des façades. Quand je fais visiter la ville à des amis, je commence toujours par leur raconter cette histoire avant même d’entrer dans le palais : elle donne un sens à chaque salle, à chaque fresque. Pour l’itinéraire de visite proprement dit, je préfère renvoyer vers mon tour de la vieille ville, qui détaille ce qu’il y a à voir sur place plutôt que le pourquoi de tout ça.

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