Le Vaucluse n’est pas un seul bloc. Quatre de ses communes, Valréas, Visan, Richerenches et Grillon, flottent à une trentaine de kilomètres du reste du département, encerclées par la Drôme. Cette poche isolée porte un nom depuis sept siècles : l’Enclave des Papes. Elle doit son existence à un pape du Moyen Âge, un morceau de terre acheté pour son vin et des frontières que la Révolution n’a jamais réussi à effacer.
Ce bout de Vaucluse égaré en pleine Drôme
Sur la carte, l’anomalie saute aux yeux. Le territoire vauclusien s’étire depuis le Luberon jusqu’à Avignon, puis un petit morceau réapparaît, séparé, au nord de Nyons. Entre les deux, des kilomètres de Drôme provençale. Un automobiliste traverse la frontière départementale en quelques mètres, parfois sans voir le panneau. Le reste du département n’a pourtant rien d’anecdotique, avec ses propres incontournables à explorer entre Luberon et vallée du Rhône.
Quatre villages composent cette île administrative :
- Valréas, la plus grande des quatre, ancienne capitale de l’enclave
- Richerenches, ancienne cité templière rachetée dès 1317
- Grillon, acquise en plusieurs fois au XIVe siècle
- Visan, la dernière arrivée, rattachée en 1344
Ici, la frontière du département se traverse à pied, sans même lever les yeux.
Un pape amateur de vin à l’origine de cette histoire
L’Enclave des Papes, sept siècles en une frise
Comment quatre villages achetés par un pape sont restés vauclusiens
Le temps des papes
La Révolution et après
Aujourd’hui
Tout part de Jacques Duèze, natif de Cahors. En 1316, à 72 ans, il devient pape sous le nom de Jean XXII et choisit Avignon plutôt que Rome pour s’installer. La légende locale raconte qu’épuisé par le voyage, il goûte un vin de Valréas et retrouve ses forces sur le champ. Convaincu d’avoir trouvé un remède rare, il décide de s’assurer un accès permanent à ce vin.
La solution tient en un geste : acheter la ville. Le 13 août 1317, Jean XXII rachète Valréas au Dauphin du Viennois pour 16 000 livres parisis. La même année, il récupère Richerenches auprès des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Grillon suit en plusieurs temps, entre 1333 et 1383, puis Visan rejoint l’ensemble en 1344, sous le pontificat de son successeur Clément VI. L’ambition dépasse le simple vin : agrandir le Comtat Venaissin vers le nord.
Comment ce territoire reste vauclusien après la Révolution ?
La Révolution française rebat les cartes de tout le pays, sauf celles de l’enclave. En 1791, l’Assemblée nationale décide que ce territoire papal rejoint la France. Deux ans plus tard, le département du Vaucluse voit le jour, avec Valréas, Richerenches, Grillon et Visan à l’intérieur de ses frontières. En 1797, le pape Pie VI renonce à ses possessions françaises : les quatre communes deviennent vauclusiennes pour de bon.
Le découpage administratif du début du XIXe siècle rattache les villages voisins au département de la Drôme. Les quatre communes de l’enclave, elles, restent fidèles à leur département d’origine. Résultat : une île de Vaucluse posée dans la Drôme, sans jamais avoir changé de camp depuis 1317.
Que faire dans l’Enclave des Papes aujourd’hui ?
L’enclave se visite comme une parenthèse provençale égarée en terre drômoise. À Valréas, le circuit des bornes papales part à pied sur les traces des anciennes limites du territoire, marquées jadis par des bornes miliaires frappées du blason de Jean XXII. Certaines tiennent encore debout, le long du sentier. L’association locale L’Écho des 700 ans entretient la mémoire du lieu avec des ateliers et des animations tout au long de l’année, héritage direct des célébrations du septième centenaire en 2017.
Un pape apprécie un vin, achète le village qui va avec et la carte de France porte encore la trace de son caprice, sept siècles plus tard.







